Les Agulles Wine

Maurizio Verardo

Plana Alta · Cabanes
Maurizio Verardo, Les Agulles Wine

Il y a des projets viticoles qui naissent d’une transmission familiale, d’autres d’un domaine déjà en place. Celui de Maurizio Verardo est né d’un désir ancien, porté longtemps avant de trouver sa terre. Italien originaire du Frioul-Vénétie Julienne, région de grands vins blancs située entre la mer Adriatique et les Alpes, il a grandi parmi les vignes.

C’est aussi une histoire de festival. Maurizio arrive à Benicàssim il y a une douzaine d’années en suivant sa compagne, membre de l’équipe du Rototom Sunsplash. Né en 1994 dans la discothèque Rototom, à Gaio di Spilimbergo, dans le Frioul, le festival s’était rapidement imposé comme l’un des grands rendez-vous européens du reggae, inspiré par le mythique Sunsplash jamaïcain. Pendant quinze ans, il avait défendu une programmation ambitieuse et des valeurs de paix, de tolérance et d’ouverture. En 2009, confrontée à des pressions politiques et administratives en Italie, son équipe avait choisi Benicàssim comme nouvelle terre d’accueil.

Après avoir vécu et travaillé dans plusieurs pays d’Europe et d’Asie, puis à Londres, Maurizio se retrouve ainsi dans la province de Castelló. Il arrive avec une idée déjà très claire : planter de la vigne, faire du vin naturel, et s’enraciner dans un lieu. Ce lieu, il le trouve à Cabanes, au pied du parc naturel du Desert de les Palmes. Dans ce paysage méditerranéen sec, marqué par les reliefs, les oliviers, les caroubiers et une lumière souvent implacable, la montagne de les Agulles de Santa Àgueda accompagne chacun de ses gestes. Visible depuis toutes les parcelles qu’il travaille, elle a donné son nom au projet : Les Agulles Wine.

Maurizio commence à préparer son installation en 2016. Les démarches administratives, les autorisations de plantation et les contrats de location prennent du temps. Ses premières vignes sont plantées en 2017. Il choisit alors le grenache teinturier et le mourvèdre, deux cépages capables de supporter la sécheresse et adaptés à une conduite traditionnelle en gobelet, sans palissage ni irrigation. Il ajoute aussi quelques pieds de pinot noir, son cépage de cœur, davantage comme une expérience que comme une promesse de réussite sous le soleil de Castelló.

Planter dans ces conditions demande de la patience. Sans irrigation, dans un climat aux étés longs et secs, une vigne doit atteindre une certaine maturité avant de produire des raisins réellement intéressants. Maurizio le savait dès le début : il faudrait attendre huit ou dix ans avant de voir les premières plantations donner leur pleine mesure. Pendant ce temps, il avance parcelle après parcelle, avec des microvinifications de quelques dizaines de litres, réalisées à partir des jeunes vignes.

Le projet change d’échelle en 2024. Alors qu’il cherche un simple local pour installer une petite cave, Maurizio trouve une bodega arrêtée depuis un an, accompagnée de quatre hectares de vignes déjà adultes. Certaines ont seize, vingt ou trente ans. Une petite parcelle de tempranillo atteint même près de soixante-dix ans. À ses deux hectares plantés dans les vallées du Desert de les Palmes s’ajoutent ainsi des vignes anciennes, déjà enracinées dans le territoire et capables de donner immédiatement des raisins de grande maturité.

Les terres sont toutes louées. Maurizio n’en fait pas un problème, mais plutôt une manière d’avancer sans attendre de posséder ce qui serait inaccessible au départ. Il cultive aujourd’hui près de six hectares, avec une dizaine de cépages : mourvèdre, grenache, grenache teinturier, tempranillo, macabeu, malvoisie, syrah et cabernet-sauvignon, entre autres. Tous ne sont pas encore en production, mais l’ensemble devrait l’être dans les prochaines années. L’agriculture biologique n’est pas une adaptation tardive au marché, elle fait partie du projet depuis son origine. Pour Maurizio, un vin naturel suppose d’abord une viticulture débarrassée de la chimie de synthèse. Les vignes reprises avec la cave étaient déjà certifiées biologiques, ce qui a permis une continuité évidente avec son propre travail. L’objectif est simple : préserver les sols, accompagner la vigne sans la forcer et laisser les raisins raconter le lieu dont ils viennent.

Les premières cuvées officiellement produites dans la cave datent de 2024. Le millésime a été très faible, conséquence de plusieurs années de sécheresse, avec seulement 2 500 bouteilles issues de quatre hectares et demi. Cinq vins sont alors nés de cette récolte concentrée et exigeante. En 2025, Maurizio cherche des expressions plus fraîches et plus légères, moins marquées par l’extraction et la puissance des raisins. Un blanc et un jeune grenache sont les premiers vins de ce nouveau millésime, tandis que d’autres cuvées poursuivent leur élevage en barrique.

Il ne cherche pas à fabriquer un vin spectaculaire ni à revendiquer un statut de meilleur vigneron. Ce qui l’intéresse est plus durable : apprendre sans cesse, améliorer ses gestes, faire circuler ses bouteilles et participer à la vitalité d’un monde du vin naturel auquel il se sent désormais lié. Il produit également de l’huile d’olive biologique, dans le même esprit de proximité et de cohérence agricole.

Les Agulles Wine est encore un jeune domaine mais il repose déjà sur une histoire de patience, de rencontres et de travail concret. Une aventure commencée avec quelques rangs de vigne plantés dans un paysage sec et qui prend aujourd’hui la forme d’un projet profondément attaché à Cabanes, à ses vieilles parcelles et à la silhouette rocheuse des Agulles, toujours présente à l’horizon.

Vignes de Les Agulles Wine, Cabanes

La Tinta

Vin rouge · 15,6 % Vol. · 1 427 bouteilles

La Tinta provient d’une vigne de grenache de seize ans située au lieu-dit La Gasiona, à Cabanes, entre 290 et 310 mètres d’altitude. Les terrasses ont été aménagées au début des années 2000 sur une ancienne pente de garrigue. Le sol est franco-sableux, avec un peu d’argile, de calcaire et des roches métamorphiques, notamment des quartzites. Les rangs, orientés nord-sud, sont plantés à 2,50 mètres sur 1,50 mètre.

La vigne est conduite en agriculture biologique, avec des pratiques inspirées de la biodynamie. Maurizio n’utilise qu’un dixième de la dose de cuivre autorisée, du soufre minéral en poudre et des décoctions de plantes : prêle, ortie, camomille et achillée millefeuille. Un effeuillage avant la floraison permet de limiter la nouaison. L’ébourgeonnage et l’écimage sont réalisés avant la véraison, puis une vendange en vert ajuste la charge à 2 ou 2,5 kilos par cep.

Les raisins sont récoltés à maturité avancée, à la main, dans des caisses de 15 kilos, de l’aube jusqu’à 11 heures ou midi. Ils rejoignent immédiatement la cave, située sur la propriété. Après égrappage et encuvage, la fermentation démarre spontanément pendant trois semaines. Le contact avec les peaux dure quatre à cinq semaines, avec remontages et délestages quotidiens. Le vin n’est ni collé ni filtré.

En janvier, après le troisième soutirage, La Tinta passe sept mois dans des fûts français déjà utilisés de la tonnellerie Sylvain, gamme Grand Réserve. La mise en bouteille est réalisée à la main.

Vin très intense, marqué par des notes de raisins secs et d’épices. Ses 0,2 g de sucre résiduel ne le rendent pas doux, mais participent à sa rondeur. La structure est solide, l’acidité équilibrée et la finale longue, persistante. À attendre idéalement jusqu’à la fin de l’année 2027.

Données analytiques : 15,6 % vol. · Acidité volatile : 0,78 g/l · Acidité totale : 5,6 g/l · pH : 3,5 · Sucre résiduel : 0,2 g/l.

La Tinta, vin rouge de Les Agulles Wine
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