Longtemps, on a voulu expliquer le Bobal par des croisements, des parentés supposées, des généalogies incertaines. On l'a rattaché au Terret noir, on lui a trouvé des cousins méditerranéens, on l'a fait voyager jusqu'en France sous le nom de Carignan d'Espagne. Autant de théories nées avant l'ADN, des tentatives d'ordonner le vivant avec les outils d'un autre temps.
Cépage Bobal, photo Verónica Romero
Aujourd'hui, nous savons quelque chose de plus simple et de plus fort : le Bobal est un cépage autochtone, profondément enraciné dans les terres d'Utiel-Requena et du Pays valencien. Adapté aux climats secs, aux altitudes, aux sols pauvres. Une personnalité qui n'a besoin d'aucune généalogie inventée pour exister. Pendant des décennies, le Bobal fut le raisin du volume. Production abondante, couleur intense, bonne acidité. Idéal pour les coopératives, les assemblages, les rosés industriels, le vin en vrac. Et c'est ainsi qu'il hérita d'une réputation de rusticité : dur, âpre, sans élégance. Mais le problème n'était pas le cépage. Le problème était le regard qu'on portait sur lui. Le Bobal est vigoureux, oui. Il a la peau épaisse, des tanins marqués, une acidité naturelle élevée. Si on le force, il rend la dureté. Si on l'écoute, il offre la vérité. Avec des rendements bas, des vignes anciennes et des vinifications respectueuses, le Bobal révèle une autre face : fraîcheur, fruit net, tension, et une capacité de garde qu'on lui a longtemps refusée.
C'est là qu'intervient le travail de vignerons qui ont choisi d'écouter le cep plutôt que de le dominer. Verónica Romero et son regard sensible et précis. Bodegas Pigar, qui retrouve des Bobals perdus. Cueva de Mariano Taberner, où le Bobal devient aussi doux et oxydatif. Sexto Elemento, avec des élevages de vingt-quatre mois en fûts de chêne. Les frères Ferrer Gallego et leur projet Endemic, aux grandes ambitions œnologiques. Sans oublier Pablo, de Bodega Escuadra, architecte qui pense le vin avec des mathématiques.
Tous partagent une même conviction : ne pas déguiser le Bobal. Le laisser être. Et c'est peut-être là sa grande leçon. Ce cépage ne cherche pas à plaire à tous. Il ne donne pas des vins maquillés. Il donne des vins qui reflètent le lieu, le millésime et la main qui le travaille. On revient toujours au terroir.
Redécouvrir le Bobal, ce n'est pas suivre une mode. C'est se réconcilier avec une variété qui a toujours été là, attendant qu'on la regarde avec respect. Cela aussi, c'est du vin naturel.
